Khéorte

Khéorte

Un arbre puissant, imposant, qui s’élève au-dessus du genre humain. Un arbre qui respire, mais dont le destin est intimement lié à celui de celle qui lui a donné vie. Un cœur éclatant et une âme scintillante.

Huluwa savait que son fragment de noyau recelait mille trésors, que ses possibilités étaient intarissables. Et si la protection de son royaume n’avait pas de prix, elle savait que, dans l’éventualité où elle viendrait à disparaître, les Terres Nobles ne lui survivraient pas. La guerre n’épargnait rien ni personne, et elle avait besoin à cet effet d’un protecteur, un puissant gardien qui lutterait avec et pour elle.

En s’enfonçant dans les terres reculées de son territoire, Huluwa se mit en quête du plus pur et du plus puissant des arbres. Elle sondait leur for intérieur, interrogeait leur cœur, pénétrait leur âme. Elle ne put que constater qu’aucun ne satisfaisait ses ambitions, et, alors qu’elle s’était résolue à abandonner ce secteur, elle aperçut non loin d’elle de petites branches qui semblaient lui faire signe. Un arbuste maigrelet se tenait face à elle, qui luttait pour garder sa contenance dans la bourrasque qui s’était levée. Huluwa, séduite par ce petit être en devenir, s’agenouilla à ses côtés, et unit son cœur au sien. Elle sentit, malgré les apparences et les préjugés du premier abord, une volonté à tout rompre et une loyauté sans faille. Elle crut l’entendre lui parler par le froissement de ses petites feuilles contre sa joue. Khé…orte. Huluwa sut avec certitude que son fidèle compagnon se tenait là. Elle scinda son fragment de noyau et le déposa au cœur de son tronc. Un halo lumineux l’entoura à mesure qu’il grandissait et que sa domination s’installait. Doté de bras et de jambes et du pouvoir de la nature, Khéorte était né. Le plus modeste des arbustes était devenu le protecteur le plus redoutable d’Huluwa.

La guerre terminée, Khéorte s’en était retourné dans son petit coin de forêt paisible, Boiscillant. Là-bas, ses habitants vivaient en autarcie, protégés par la dense verdure qui les dissimulait au reste du monde. Khéorte vivait en ermite, en observant avec circonspection ses amis, qui regardaient curieusement cet arbre aux aspects humains qui avait survécu à la guerre. De temps à autres, il faisait émerger de son sceptre de petits lutins aux couleurs chatoyantes et aux pouvoirs fabuleux, qui déclenchaient l’hilarité des enfants qui l’entouraient avec délectation et courraient derrière lui afin de profiter de la multitude de ses compagnons magiques.

L’explosion au palais d’Adamantis avait changé la donne. Huluwa invita ses compagnons Explorateurs à la rejoindre au sein des Terres Nobles, afin qu’ils soient protégés le temps d’élaborer un plan. Ainsi, se présentèrent aux portes du royaume de la nature Méliandre et Rhéa, qui réalisèrent le signe d’autorisation d’entrée sur les terres auprès du Gardien Vénérable. Au petit matin, l’on retrouva Cairnos assis en tailleur en demi-sommeil, dont la condition humanoïde avait été un obstacle pour suivre ses congénères. Khéorte, curieux d’avoir senti une telle présence aux portes des Terres Nobles, osa passer une tête par-delà le portail, et observait avec amusement l’Explorateur de Brasaria fulminer, incapable de passer la vigilance du Gardien Vénérable. Mais Huluwa l’appelait : il était temps de la rejoindre, accompagné de ce drôle de personnage, avant de partir en guerre. Encore.
Au moins, il se sentirait moins seul dans sa condition. Avec le grand lézard, ils seraient deux à ne pas être totalement humains. Khéorte l’appréciait déjà.

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