Huluwa

Huluwa

La fidélité est l’une des plus belles promesses, mais aussi des plus ardues à respecter. Et depuis 1000 ans, Huluwa était fidèle au serment qu’elle avait prêté à Phélendra : protéger avec constance le royaume des Terres Nobles.

Huluwa avait toujours fait preuve de rigidité et de droiture dans ses fonctions. Fière disciple de Phélendra, Entité des Terres Nobles, sa rigueur n’avait d’égal que son dévouement pour servir la cause de son royaume. Elle possédait un don naturel pour galvaniser ses troupes, inflexible sur le commandement, doublé d’une guerrière hors pair. De tous temps elle fut écoutée religieusement, et jamais personne n’osa remettre sa parole en doute. Huluwa était tout simplement un parangon de vertu et une modèle pour ceux qui la côtoyaient. Valeureuse parmi les plus valeureux, elle n’avait qu’une ambition : toujours tout mettre en œuvre pour se hisser à la hauteur des attentes que l’on avait envers elle, et en toutes circonstances demeurer irréprochable.

Lorsque la Première Guerre Exstoryenne éclata, Phélendra ressentit l’ampleur de la puissance des forces obscures, et dut se rendre à l’évidence que l’issue ne leur serait pas favorable. Afin de ne pas laisser les Terres Nobles orphelines, elle fit appel à sa disciple préférée, celle qui ne flancherait pas tant qu’un souffle de vie lui permettrait de se battre : Huluwa. Phélendra scinda son noyau élémentaire en deux. Elle avait conscience qu’en procédant ainsi, elle diminuerait son pouvoir au front. Mais confier la moitié de son noyau à Huluwa lui donnait la certitude que, si elle périssait, le peuple des Terres Nobles ne manquerait jamais de rien et sa protection serait à jamais assurée. Forte de cette résolution, Phélendra quitta son royaume l’âme apaisée, et nul ne la revit en fouler le sol.

Huluwa accéda à sa dernière requête : emmener son peuple sur d’autres terres afin de le dissimuler des forces maléfiques du Necrorium. Durant le temps qu’il fallut à la guerre pour ravager son beau monde, Huluwa n’eut de cesse de se soucier du bien-être des siens. En acceptant de devenir la Gardienne des Terres Nobles, elle avait aussi accepté le rôle d’Exploratrice. Son fragment de noyau lui permit de dompter les forces de la nature : elle était chez elle, et quiconque viendrait troubler leur quiétude se verrait anéanti.

Mais sous son regard rude et intransigeant, Huluwa dissimulait une peine qui ne pouvait être nommée. Sa petite sœur, Camélya, ne répondit plus à l’appel au sortir de la guerre. Son royaume avait été épargné, mais son âme d’aînée en fut durablement impactée. Personne ne revêtait autant d’importance à ses yeux que sa sœur, sa dernière famille. Une battue fut lancée, qui balaya le monde entier. Aucun recoin d’Exstorya ne fut épargné. En vain. Camélya demeurait introuvable. Il fallut pour Huluwa accepter cette fatalité : Camélya avait cessé d’exister, et tous les efforts qu’elle déploierait n’y changeraient rien. Faire le deuil de sa sœur lui infligea une souffrance dont elle ne put se relever que par la nécessité d’exercer ses fonctions de Gardienne et d’Exploratrice. Elle devait se montrer forte pour les Terres Nobles, et tenir la promesse faite à Phélendra. Jamais elle ne pourrait se pardonner d’avoir perdu Camélya, sous sa propre garde. Elle porterait ce fardeau avec elle quoi qu’elle entreprenne, et donnerait tout pour que nul autre ne connaisse l’effondrement qui la saisissait à la gorge et contre lequel elle avait cessé de se battre.

1000 années s’écoulèrent. Huluwa demeura fidèle à son serment. Le pouvoir du fragment du noyau élémentaire lui permettait une telle longévité alors qu’elle fut témoin de la succession de nombreuses générations sur les Terres Nobles. Elle mettait toujours autant de cœur à l’ouvrage, faisant fi de sa blessure qui ne se referma pas tout à fait.

Huluwa dut délaisser son peuple afin de se rendre au palais d’Adamantis lorsque le roi Reghulus fut visé par un attentat. Elle remercia au font d’elle Phélendra de lui avoir accordé ce don sans limite, ce don sans faille. Grâce à son fragment, le risque de toute explosion criminelle était d’avance écarté. Huluwa se sentit honteuse qu’une telle pensée puisse traverser son esprit en un moment pareil. Tout un peuple se retrouvait orphelin de roi et d’Explorateur, tandis qu’elle ne considérait que sa propre personne. Elle ferait pénitence plus tard. Pour le moment, il fallait venir en aide aux victimes, déplacer les décombres, chercher les survivants.

Son cerveau cessa de fonctionner, son cœur cessa de battre.

Devant ses yeux incrédules, elle venait d’apparaître. Camélya, sa sœur qu’elle avait tant cherchée, sa sœur qu’elle avait tant pleurée, sa sœur qu’elle avait tant aimée dans la vie et encore plus dans la mort. Sa petite sœur si joyeuse et tellement innocente aux airs poupins. Sa sœur venait d’apparaître et de proférer des paroles qu’elle n’entendait pas, parce qu’elle ne pouvait entendre que Camélya soit encore de ce monde. Que Camélya ait rejoint le Necrorium. Que Camélya l’ait trahie. Elle qui avait tant souffert, qui avait tant sacrifié, s’accrochant désespérément au moindre indice, à la moindre piste qui aurait pu mener vers elle. Sa sœur. Sa famille. Son sang.

Camélya.

Camélya était morte. Camélya est vivante.

Une myriade de sentiments contradictoires se bousculait dans le cœur d’Huluwa. Elle qui avait su faire preuve d’un stoïcisme et d’un sang-froid remarquables au travers des épreuves les plus pénibles, ne put contenir une explosion de sentiments mêlant incompréhension, trahison, culpabilité, amour, haine et désespoir. Camélya n’était plus morte.

Huluwa piocha au fond de son être toutes les forces qu’elle était capable de réunir. Interrompant ses confrères Explorateurs qui formulaient déjà toutes sortes de prédictions sur cet énigmatique personnage qui venait de leur annoncer la fin d’Exstorya, Huluwa ne leur épargna aucun détail de son histoire. Une colère sourde lui vrillait les tympans. Elle s’en voulait tellement. Elle en voulait tellement à sa sœur. Encore fallait-il qu’elle le soit toujours.

Elle mènerait cette nouvelle guerre de front. Rien ne saurait calmer son âme tant que Camélya ne serait pas de retour en ses terres. Le Necrorium avait disparu avec Rhakkache, mais la volonté de Huluwa ne disparaitrait pas. Elle respectait un serment depuis 1000 ans. Mais cette fois-ci, elle respecterait le serment qu’elle se faisait. Un serment pour l’avenir.

No Comments

Post A Comment