Cairnos

Cairnos

Cairnos

Nul ne sait d’où vient Cairnos ni s’il existe d’autres représentants de son espèce. Source de curiosité au sein de Brasaria, Cairnos est un jeune lézard humanoïde doté d’une force redoutable et d’un rigoureux sens de l’honneur.

Cairnos est un mystère pour ses proches. Son apparence unique et ses capacités physiques à la frontière entre l’humain et le reptile ont immédiatement su interpeler Bakû, qui le rencontra au détour d’une retraite solitaire sur les terres hostiles du Mont Sulfureux surplombant Brasaria. Bakû, dirigeant aussi robuste que sage à la tête de l’école formant les meilleurs spadassins du royaume, fut pourtant déstabilisé lorsque son chemin croisa celui de Cairnos. Alors qu’aucune parole n’avait encore été prononcée, il perçut dans le regard du jeune orphelin quelque chose qu’il n’avait encore jamais trouvée ailleurs malgré de nombreuses années en quête de celui qu’il pourrait former à son image.

Inflexible dans sa droiture et implacable dans sa maîtrise de la voie des armes.

Dès leurs premiers échanges, Bakû fut saisi par la personnalité de Cairnos. Il ressentait dans sa posture un instinct de chasseur développé au cours de toutes ces années où la seule loi qui régissait sa vie était celle du plus fort, et dans ses paroles un fort tempérament destructeur, empli de méfiance et de peur. Mais au-delà de ce que Cairnos lui montrait, Bakû distinguait chez lui un besoin vital d’apprentissage, d’inspiration et d’amour, comme tout enfant, qu’au fond, il était. Son aspect physique, cependant, était bien différent de celui d’un enfant de 5 ans : son côté animal était indéniable, et lui conférait une force brute qu’il conviendrait de dégrossir afin de polir un combattant aux aspérités parfaites. Son élève. Son fils adoptif. Oui, Bakû était indéniablement envahi d’un désir ardant et soudain de paternité qui n’avait jamais été éveillé chez lui malgré le nombre incalculable d’apprentis qu’il avait formés dans son école. Jamais il n’avait été aussi sûr de lui.

Son regard fut ensuite attiré par une sacoche faite de vieux haillons, dans laquelle scintillait pourtant une pierre d’une pureté qui n’était attribuée qu’à un seul type de joyaux. Un fragment de noyau. Estomaqué par ce qu’il venait de comprendre, il posa sur Cairnos un regard résolument empli de tendresse et d’espoir.

Après de longues années d’errance sur des terres où son existence ne se résolvait qu’à une question de survie de jour en jour, Cairnos avait enfin trouvé une personne dans les bras de laquelle se reposer et avec qui grandir. En devenant l’apprenti de Bakû, il saisissait ainsi une opportunité merveilleuse de construire sa propre histoire en repartant à zéro. Avoir un foyer. Appartenir enfin à une famille. Vivre une vie qui méritait d’être vécue. Devenir quelqu’un d’honorable. Être quelqu’un.

Au fil de son apprentissage, Cairnos ne perdit pas tout à fait les traits de sa double identité. Il était dissipé, peu appliqué, mais toujours aussi désireux de peaufiner et parfaire ses compétences. Il se devait de maîtriser toutes les armes à la perfection : lames, bâtons, étoiles, mais aussi les arts furtifs de la disparition et du silence. Ces derniers n’étaient pas chose aisée, car si sa condition lui octroyait des compétences guerrières dépassant de loin celles de ses camarades, il demeurait tributaire de ses accès de colère animale. Mais il voulait rendre fier son père adoptif, et concentrait ses efforts sur la maîtrise de sa force et de son instinct primitif.

L’explosion au sein du palais d’Adamantis eut des échos jusqu’à Brasaria. Le jeune Cairnos, âgé de 25 ans, était sur le point d’ouvrir une nouvelle page de son histoire, la plus importante, celle à laquelle toutes ces années de dur labeur l’avaient préparé.

Bakû sut qu’il était temps de mettre Cairnos face à son destin et voir enfin son fils s’accomplir. S’il avait raconté la légende des noyaux élémentaires à Cairnos, il s’était toujours bien gardé de lui dévoiler qu’il était possesseur d’un de leurs fragments. Il n’avait jamais su comment un lézard humanoïde orphelin avait pu entrer en possession d’un tel trésor, mais avait toujours religieusement protégé le fragment de son fils. Et sa formation faisait aujourd’hui de lui un Explorateur parfait, à la fois en termes de capacités au combat, mais aussi dans sa quête de rester honorable et digne en toutes circonstances, comme il lui avait toujours inculqué.  Malgré la forte de tête de Cairnos et son animalité, il savait au fond de lui que jamais il n’aurait pu trouver élève qui le rende aussi fier. De surcroit son propre fils.

C’est ainsi que Bakû révéla son destin à Cairnos, lui, l’élu des Entités. Avec une émotion non retenue, il lui confia la lame forgée par l’énergie du Noyau Flambant, capable de pourfendre les ténèbres, répondant au nom de Parolis, dont il avait assuré la protection des décennies durant. Malgré la surprise qui l’étreint, Cairnos avait appris à dissimuler ce qu’il ressentait. Pour la première fois, il comprit l’acharnement de son père à le former de la façon la plus complète possible, même devant ses refus catégoriques et ses sautes d’humeur animales. Pour la première fois, il savait qu’il ne devrait plus jamais flancher. Pour la première fois, il comprit qui il était vraiment. Il était enfin devenu quelqu’un. L’Explorateur, élu par les Entités, de Brasaria.

Cairnos accepta son destin avec une seule condition : travailler seul. Il défendrait coûte que coûte son fragment, mais ne se lierait jamais aux autres Explorateurs. Le monde avait été trop hostile avec l’enfant qu’il n’avait pas pu être.

La guerre qui se présageait devrait donc se passer de lui.

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